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Entretien exclusif : Abdeslam Ouaddou ou les vérités cachées sur l'équipe nationale

Source : Al bayane

Pour la première fois depuis l’annonce de son retrait de l’équipe nationale et un passage d’une demi-saison en Grèce, avec un retour en championnat de France à Valenciennes pour des raisons strictement familiales, Abdeslam Ouaddou s’est exprimé avec toute la franchise et droiture qui le caractérisent pour rétablir la vérité sur la face cachée de l’équipe nationale. Tout au long de cet entretien qui à duré un peu plus de deux heures, on a ressenti que Abdeslam Ouaddou était toujours prêt à tout sacrifier pour l’équipe nationale avec laquelle il a hissé haut et fort le drapeau marocain.


Al Bayane : Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à revenir en France alors que vous aviez signé pour quatre ans ?
Abdeslam Ouaddou : J’ai eu plusieurs propositions, une en France, en Espagne et en Belgique, mais pour être honnête en tant que joueur on se dit le football ne dure pas longtemps donc on est toujours attiré par le côté pécuniaire, je pense que cela c’est une erreur déjà, j’ai pris la direction d’Athènes car c’est un grand club qui joue la ligue des champions et moi je voulais la connaître, j’avais envie de passer un palier, et c’est un club qui aurait pu me faire passer ce palier, mais malheureusement la famille ne s’y est pas plu du tout, il y a eu la barrière de la langue aussi, le dépaysement total et ma famille s’est retrouvée seule à un moment donné. Je n’ai pas vu venir les choses, et pour cause j’ai résilié mon contrat à l’amiable ce qui explique mon retour en France. A présent je suis heureux car j’ai été bien accueilli dans un club au nord de la France qui est Valenciennes, où nous avons un projet qui est de nous maintenir pour terminer la saison tranquillement et de jouer aussi.


Et du côté sportif ?
J’ai vécu quelque chose d’exceptionnel là-bas, au niveau de l’émotion, de l’attente du public, j’ai découvert la culture de la gagne, c’est un club où même si on joue à l’extérieur il faut gagner, et puis je pense que cela m’a aussi forgé le moral.


En quoi cela en fait un grand club ?
C’est un club qui a la culture de la gagne, ils veulent gagner des matchs et des titres donc c’est un club qui depuis dix ans au niveau du palmarès est passé devant le Panathenaikos qui était le grand club de Grèce, et il y a aussi des petites choses qui font que c’est un grand club, notamment lorsque nous étions en déplacement, le car qui allait prendre en charge le club se déplaçait une semaine à l’avance, le club tient vraiment à ses équipements et ses moyens de transports et moi je n’avais jamais vu cela auparavant.


Que s’est-il passé réellement avec l’équipe nationale et l’entraîneur Fakhir ? Pouvez vous rétablir votre vérité pour que le public marocain sache ce qui s’est vraiment passé ?
Déjà merci de m’avoir posé cette question, et un merci aussi à votre journal qui à travers vous, je tiens à ce que vous l’écriviez que vous êtes le seul journaliste qui va à la rencontre des sportifs et footballeurs marocains. C’est vrai que depuis mon retrait de l’équipe nationale, on ne m’a pas donné vraiment l’occasion de dire ce qui s’est passé parce qu’il y a des personnes qui ont écrit des choses sur moi qui sont fausses et qui ont surtout soutenu Fakhir, pour moi ce n’est pas une bonne presse. Normalement, dans la presse on donne la parole aux deux protagonistes, et moi je ne l’ai pas eue, ils ont donc écrit ce qu’ils voulaient.
Ce qui s’est passé c’est qu’il y a des choses en tant que professionnel nous ne pouvons pas accepter, quand des clubs avec lesquels nous avons de longs contrats et qui nous libèrent pour jouer avec la sélection, nous voulons évoluer dans les meilleures conditions car lorsque nous voulons retourner dans nos clubs, nous voulons être frais physiquement pour attaquer le championnat.


Donnez-nous plus de précisions !
En fait ce qui explique mon retrait c’est un tout, déjà je me suis blessé lors d’un match de préparation à la CAN, à cause de matchs mal organisés et qui n’ont pas lieu d’être à Marrakech sur des terrains qui sont dans un état catastrophique, aucun professionnel n’aurait voulu évoluer dedans, il y a eu six joueurs blessés : Zairi, Elmoumen, et j’en passe dont moi même. J’ai effectué une IRM pour me rassurer à Rabat, il y avait apparemment une lésion musculaire qui n’avait pas été décelée, je ne sais toujours pas pourquoi, j’avais envie de le faire auparavant mais on m’a dit que ce n’était pas nécessaire qu’il n’y avait rien du tout, que je pouvais aller préparer mon match contre l’Egypte et laisser passer la Côte d’Ivoire et malheureusement trois jours avant le match de l’Egypte j’ai tiré dans la balle et j’ai senti comme une décharge électrique, alors j’ai repassé une IRM au Caire et le médecin m’a dit que j’avais une grosse déchirure au quadriceps, il m’a écarté pour neuf semaines du terrain ce qui signifie la perte de mon poste surtout que j’étais titulaire pendant deux ans et demi à Rennes. Je n’ai rejoué que les trois derniers matchs car il y avait une furie de blessés à Rennes et comme j’étais en fin de contrat avec ce club vous voyez les conséquences.


Donc, tout était parti de cette blessure ?
Attendez ! Il y a eu aussi la fameuse tournée du sélectionneur de l’équipe du Maroc en Europe, qui a essayé de disposer d’un groupe, pour faire une tournée aux Etats-Unis dans l’optique du match contre le Malawi. J’ai pris des risques étant donné que j’étais en fin de contrat et que d’autres blessures auraient pu survenir et après me retrouver au chômage, mais comme c’était pour le Maroc j’ai accepté, car j’ai l’amour du pays et qui ne rêve pas un jour de porter les couleurs de ce pays, avec d’autres joueurs d’ailleurs. J’ai effectué deux matchs de préparations pour le Malawi, après je suis parti signer à l’Olympiakos, j’ai fait toute la préparation et j’ai été titulaire pendant tous ces matchs là, j’ai fait huit matchs amicaux : Blackburn, Werder de Brême, Stuttgart, Anderlecht, Real Sociedad etc. d’ailleurs le sélectionneur était au courant car pendant la période du mois de juillet 2006, nous communiquions une fois par semaine, je tiens à préciser qu’à cette période là j’étais en pleine forme contrairement à ce que la presse a pu écrire. Malheureusement deux ou trois semaines avant le match du Malawi, nous avions eu un match contre le Burkina-Faso et juste avant j’ai eu une contracture qui me tenait hors des terrains pendants cinq jours et même à cette période j’étais en contact continuel avec Fakhir et lors d’un entretien téléphonique, il m’avait dit « Ce n’est pas important, l’essentiel c’est que je te récupère pour le match contre le Malawi » donc on était parti sur cela, et une semaine avant le match du Malawi j’ai pu jouer une rencontre complète avec mon club et si l’entraîneur de l’Olympiakos décide de me faire jouer c’est que je n’étais pas en méforme et que j’aurais pu tenir ma place en équipe nationale.


Fakhir en tant que sélectionneur et entraîneur était-il au courant de l’évolution de votre blessure ?
Le sélectionneur Fakhir m’a dit qu’il a essayé de me joindre une dizaine de fois qu’il ma laissé dix messages, et je peux vous garantir qu’avec tous les moyens technologiques qu’il y a en ce moment entre nos mains, c’est navrant de dire ça mais je n’ai eu qu’un seul message, c’était un dimanche et je l’ai rappelé le lundi et il m’apprend que je n’étais pas sélectionné car il a essayé de me joindre dix-quinze fois, alors qu’il aurait pu joindre le Club, surtout je lui avais donné le numéros de l’entraîneur adjoint pour se tenir au courant de mon évolution et même ils savent très bien que mon meilleur ami en équipe nationale est Walid Regragui et que l’on se parle tous les jours, ils auraient très bien pu passer par lui et puis il y a aussi d’autres moyens : le fax, l’e-mail! Quand on veut contacter quelqu’un on y arrive, ce que je veux dire c’est qu’il faut un discours clair et honnête, moi je veux travailler avec des gens honnêtes et droits parce qu’autrement on fait du sur place. J’avais vraiment envie de faire quelque chose avec l’équipe nationale, surtout avec la génération qu’on avait, je suis désolé mais comment peut-on dire « il faut reconstruire » alors qu’on avait un groupe finaliste de la CAN et qui avait une moyenne d’âge de vingt deux ans, et que deux ans après le sélectionneur parle de reconstruire, l’équipe a pris combien d’années en deux ans ? elle n’a pas trente ans, en deux ans elle a vingt quatre ans de moyenne d’âge faut arrêter, il faut bonifier le groupe, le souder, il ne faut pas parler de reconstruction et je suis déçu quand je vois que notre équipe nationale n’avance pas alors qu’elle est considérée comme parmi les ténors africains, surtout qu’avant l’équipe nationale jouait contre l’Italie, la France, la Hollande! parce que le Maroc est un pays respecté sur la scène internationale, c’est pas grave on peut perdre des matchs comme ça quand on joue contre des gros cylindrés et c’est sur des matchs comme ça qu’on apprend. De voir le Maroc jouer contre une équipe du Luxembourg cela me déçoit : on dénigre l’équipe nationale du Maroc.


N’y a-t-il pas une autre raison qui explique, le fait que vous ayez quitté l’équipe du Maroc hormis, le manque de franchise de la part du sélectionneur M’HAMED FAKHIR et de la déception que vous pensiez avoir ressentie ?
Je sens qu’il n’y a pas cette envie d’avancer et de changer les choses, les gens ont envie de voir une équipe qui fait honneur, nous avons envie de redorer le blason sur la scène africaine déjà, parce que nous faisons partie des meilleurs en Afrique. Lorsqu’on voit des gens qui ne veulent pas évoluer dans le bon sens du terme, on n’a aucune envie de fournir des efforts.


Revenons sur ce voyage aux Etats-Unis, expliquez-nous comment s’est-il déroulé ?
(Soupire!) C’est une grosse mascarade, à cause de la mauvaise organisation certains joueurs n’ont pas dormi, ils ont passé des nuits blanches : au lieu de faire New-York-Paris on a fait New York-Casablanca, Casablanca-Rabat, Rabat-Casablanca et enfin Casablanca-Paris, nous aurions pu récupérer deux jours de repos facilement.


Et si du jour au lendemain Fakhir te proposait de revenir en équipe nationale, accepteriez-vous ?
Je suis prêt à honorer l’appel de mon pays, mais dans d’autres conditions, je veux travailler avec un sélectionneur au discours droit, honnête et clair, c’est ces trois choses que je demande et malheureusement celui-ci ne les a pas. S’il faut attendre qu’il y en ait un qui tienne ce discours, j’attendrai et ce sera avec grand plaisir que je réintégrerai la sélection.


Tout à l’heure vous évoquiez très rapidement la presse marocaine, quels ont été vos rapports avec la presse marocaine ?
Je suis surpris parce qu’elles ont toujours été bonnes, j’ai toujours répondu présent au point de presse quand on me l’a demandé, je n’ai jamais snobé la presse marocaine, loin de là. D’ailleurs j’ai déjà été déçu dans un premier temps en Egypte lorsqu’on n'a pas parlé de ma blessure et qu’on n’a pas dit que c’était une erreur de diagnostic et que le sélectionneur ait pu avoir la parole et que moi je n’ai pas eu un droit de réponse. C’est pour cela que je vous remercie d’ailleurs ce soir de me donner la parole pour pouvoir m’expliquer.


Voulez-vous rajouter quelque chose ?
J’aimerai rajouter que j’ai lu par-ci par-la que si j’ai quitté l’équipe nationale c’est parce que j’avais la grosse tête, je tiens simplement à dire que j’aime le Maroc et son équipe nationale autant que vous, c’est pour cela d’ailleurs que je l’ai honorée une cinquantaine ou une soixantaine de fois. Je voulais simplement dire ce qui n’allait pas, il y a des joueurs aussi qui en ont assez mais qui n’osent pas le dire, c’est juste pour changer les choses que je m’exprime et si on ne fait rien, on fera du sur place. Je tiens aussi à dire que je suis déçu par l’attitude de Fakhir, lorsqu’il a su que je quittais l’équipe nationale, il a convoqué Hadji et Chamakh pour leur dire, de dire à la presse comme quoi il y avait une bonne ambiance au sein de l’équipe, qu’il y avait du professionnalisme et que Kharja et Ouaddou ont « pété un câble » : cela est véridique. Vous ne trouvez pas cela navrant pour des joueurs qui ont vécu une aventure ensemble, à partir de là quand, je ne peux plus travailler avec des gens comme ça.


En fin de compte, quand vous dîtes qu’il a convoqué Chamakh et Hadji, afin qu’ils disent qu’il y a une bonne ambiance, c’est pour ainsi dire mentir à la presse et aux supporters marocains ?
Exactement, pour se protéger des erreurs qu’il a pu commettre. J’aurais préféré qu’on s’explique autour d’une table, qu’il vienne en France comme il a fait au début pour nous convoquer pour les autres matchs, qu’on s’explique entre quatre yeux là, il aurait été un gentleman, mais visiblement il a choisi une autre tactique : mentir aux supporters marocains, aux gens qui aiment l’équipe nationale et le football, pour se protéger et protéger son poste. J’ai l’impression que ce genre d’entraîneur pense plus à garder son poste, donc organiser des matchs minables où vous allez gagner 6-5/0 que de faire évoluer l’équipe nationale et de la mettre sur de bons railles.


Y a-t’il d’autres joueurs qui ont approuvé ou pas votre décision ?
Disons quatre vingt pour cent des joueurs ont approuvé ma réaction et ma décision, mais pour ne pas perdre leur place en équipe nationale, ils ont préféré garder le silence.


On sait que tu as signé pour six mois à Valenciennes, qu’en est-il de l’avenir ?
Je viens de sortir d’une période assez difficile, je vais me concentrer sur ces six mois avec Valenciennes pour nous maintenir en D1, je crois que c’est l’objectif du club, et par la suite je ferais le point dans six mois.

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