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Et maintenant 2010 ?

Source : Le journal

Séduction. La gouvernance du foot mondial a ses règles propres. La bataille pour remporter l'organisation d'une Coupe du monde est tout sauf sportive. Elle se joue sur le terrain politique, économique et diplomatique. Les récents résultats des Lions de l'Atlas en Tunisie auront eu l'immense avantage de montrer que le Maroc est un pays de football. C'est donc là une grand point que le Royaume vient de marquer en termes d'image.



La Coupe d'Afrique des Nations aura au moins eu un avantage : montrer au reste du monde que le Maroc est un pays de football. En termes d'image, le Royaume vient là de marquer un but de taille contre l'Afrique du Sud. Car la bataille pour remporter la Coupe du monde en 2010 se nourrit avant tout d'images. La liesse populaire à Casablanca, Rabat et Marrakech a montré que la foule savait se tenir et qu'au Maroc, les rues pouvaient être sûres. Les débordements de violence dans les rues du Caire, le 2 février dernier, lorsque l'Egypte s'est vu sortir de la course de la CAN, ont vite fait le tour des rédactions. Résultat : la BBC a demandé à l'Egypte, candidate pour 2010, de retirer sa candidature. C'est encore cette question de la sécurité qui aurait joué contre l'Afrique du Sud en juillet 2000, lorsque l'Allemagne l'a remporté d'une seule voix contre son concurrent africain. Un expert international, habitué aux couloirs feutrés de la FIFA, n'a aucun doute là-dessus : "Je suis convaincu que Joseph Blatter a tout fait pour que l'Afrique du Sud ne l'ait pas".


Le propos est étonnant, tant en 2000, de l'avis général, Blatter était acquis à la cause sud-africaine, martelant que l'Afrique devait abriter une Coupe du monde. D'ailleurs, le très puissant président avait assis son leadership sur un seul credo : redonner au football des pays pauvres une place conséquente sur l'échiquier du foot mondial. D'ailleurs, n'est ce pas un Néo-zélandais qui a fait capoter les pronostics en faveur de l'Afrique du Sud, en juillet 2000 ?


Au dernier tour du scrutin, lorsque les 24 membres du Comité exécutif de la FIFA devaient trancher entre l'Allemagne et l'Afrique du Sud, Charlie Dempsey, représentant du continent océanien pourtant acquis à la cause sud-africaine, décide, contre toute attente, de s'abstenir de voter. "Dans le discours, Blatter est pro-Afrique du Sud, mais je reste persuadé que l'incertitude concernant la situation politique en Afrique du Sud après l'ère Mandela lui a fait peur. Que le vote se soit décidé à cause de l'attitude du Néo-zélandais ne veut rien dire. On peut convaincre les gens de prendre des décisions".


Des règles propres.
Bonne ou mauvaise explication, il n'empêche que la polémique qu'aura suscitée la victoire de l'Allemagne n'a fait que souligner une évidence : la gouvernance du foot mondial a ses propres règles. La bataille pour remporter l'organisation d'une Coupe du monde est tout sauf sportive. Elle se joue sur le terrain politique, économique et diplomatique. Sur ce point, tout le monde est unanime, même si, dès qu'il s'agit de parler de la FIFA, tous souhaitent garder l'anonymat. Comme cet autre spécialiste, frotté depuis longtemps au mécanisme de gouvernance de la planète foot, qui affirme : "Tout pays qui intègre la FIFA doit avoir un discours politique. Et ce discours est très simple, il se construit autour d'une ''écurie présidentielle''". Etre "pro", "anti" ou ne pas être, voilà résumée la posture d'un candidat potentiel à l'organisation d'une Coupe du monde. Et le Maroc a justement opté pour le principe de la neutralité.


Finalement, tout ne se serait-il pas joué en 1998 ? Le Maroc en est à sa deuxième candidature. A l'époque, le Suédois Johanssen se présente à la tête de la présidence de la FIFA contre Blatter, héritier du président sortant (Joao Havelange), qui compte dans ses rangs les représentants des Amériques et d'Asie, le très influent qatarie, Mohamed Ben Hamman. Johanssen, qui rallie à lui une grande partie des pays membres de l'UEFA, compte sur le soutien de son ami Hayatou, président de la CAF. Mais le Camerounais commet une erreur stratégique. Sans en référer aux fédérations nationales africaines, il assure le Suédois, au nom des pays africains, du soutien de la CAF.


Tollé dans les capitales du continent. Blatter saura surfer sur le mécontentement. Et pour cela, il aura un soutien de taille, Michel Platini.
Or, Platini, c'est la France et en 1998, la France, c'est Chirac qui jouera de sa proximité pour retourner un grand nombre de pays africains. A quelques jours de l'élection du président de la FIFA, Jacques Chirac s'entretient au téléphone avec le roi Hassan II. Objectif : lui demander de revenir sur son soutien à Johanssen. Le Maroc accepte. Mais à la différence de n'importe quel autre pays africain, le Maroc a pour ambition de finir par abriter chez lui la Coupe du monde.


Discours politique.
Son revirement lui vaudra par la suite le retrait de confiance du couple Johanssen-Hayatou. Son adhésion tardive à la cause Blatter l'empêchera de s'en faire un véritable allié, contrairement à l'Afrique du Sud, engagée dès le début dans "l'écurie" du président suisse. "Lorsque vous avez l'ambition d'organiser un jour une coupe du monde, il faut très tôt savoir opter pour un camp. C'est cela qui est déterminant, même si cela est dangereux car supposant une prise de risques", explique l'un des deux experts. Car dans le mode de gouvernance du foot mondial, ne pas prendre parti c'est certes, éviter un jour d'avoir des ennemis, mais c'est aussi se priver d'avoir des alliés. Et là, cette prise de risque s'inscrit dans la durée. Elle ne se décide donc pas au sein du comité de candidature, qui ne fait qu'animer un dossier, mais ce sont les fédérations nationales qui maîtrisent le discours politique. Depuis 1994, date à laquelle le Maroc a présenté sa première candidature, il semble que la Fédération ait justement fait le choix de ne pas avoir de discours politique. "En termes de lobbying", ajoute l'autre expert, " l'Afrique du Sud est très forte. Son lobbying date de longue date, sans compter que le président Mandela s'est investi en personne. Dans le lobbying marocain, il n'y a pas de lisibilité. Ont-ils fait campagne auprès des grands électeurs, à savoir les membres du comité exécutif de la FIFA car c'est à eux que revient la décision ?". En effet, un dossier de candidature suffit-il à lui seul pour convaincre ? Sur la planète foot, les enjeux économiques et financiers, comme les intérêts individuels, sont trop grands pour que les individus, qui seront amenés à voter ne le fassent en tenant compte uniquement du respect d'un cahier des charges.


Match Maroc/Afrique du Sud.
Mais, même si le Maroc souffre d'une perte de crédibilité pour n'avoir jamais réalisé, en 4 candidatures, les infrastructures promises, la configuration pour 2010 est quelque peu différente de celle de 2006. Le 15 mai 2004, lorsqu'il s'agira de voter, seuls des pays africains seront en lice, selon le principe de la "tournante" des continents dernièrement "adoubé".


L'Egypte semble mal partie et la candidature Tunisie/Libye a catégoriquement été refusée par Blatter ; le match se jouera donc entre le Maroc et l'Afrique du Sud. Et le Maroc a, dans les couloirs, un allié de taille : la France, et donc Michel Platini, très proche du président de la FIFA, qui, au sein de l'exécutif de l'instance, compte cette fois la majorité des soutiens. "Lorsque je suis arrivé à Tunis pour la Coupe d'Afrique", explique un observateur spécialiste du football africain, "tout le monde s'accordait à penser que la France était derrière la candidature marocaine, mais personne ne pouvait le prouver. C'est très bien, car la réussite du lobbying, c'est la discrétion. Il doit se faire dans les couloirs à Zurich".


Car entre 2000 et 2004, "l'exception" des liens franco-marocains s'est renforcée. Autre point qui peut avoir son importance : le secrétaire général adjoint de la FIFA est un Français, recruté en 1998, qui a beaucoup aidé à la réélection de Blatter il y a deux ans. Reste en suspens la position du très influent Mohamed Ben Hamman, capable de faire pencher à lui seul la balance.


Pour le reste, aux Marocains de montrer que la Coupe du monde est une véritable volonté populaire, au gouvernement d'en faire un leitmotiv dans ses rencontres internationales, à l'instar de l'Afrique du Sud, largement aidée par sa diplomatie et son chef d'Etat. Espérons que la CAN 2004 aura, au Maroc, revitalisé les énergies.

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