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Les harraga du foot

Source : telquel

Le 6 juillet 2000, huit footballeurs marocains invités avec leur équipe à disputer un tournoi au Canada s’évaporent dans la nature. Comment est-ce arrivé ? Et que sont devenus ces harraga pas comme les autres ? Rencontre.


La Renaissance Sportive de Settat, coachée par un certain M'hamed Fakhir, arrive dans la métropole canadienne au début de l'été 2000 pour participer à un tournoi international organisé par l'Impact de Montréal, l'équivalent pour les Québécois du Raja ou du Wydad Casablancais. La formation settatie est au grand complet. Il y a même plus de monde que d'habitude.


“En une année à Settat, je n'ai rencontré que trois membres du comité, mais lors de ce voyage, ils étaient aussi nombreux que les joueurs”, ironise un des huit protagonistes avant de poursuivre :“La relation entre le staff et nous était pratiquement rompue depuis des semaines”. On reproche aux dirigeants leur indisponibilité, “un amateurisme à n’en plus finir”, et surtout des salaires et des primes impayés (à ce jour). “On me doit près de 100T000 dirhams et je ne suis pas le seul dans cette situation”, déplore Rachid Madkour, un de ceux qui ont préféré les pelouses lisses et verdoyantes du grand nord aux marécages et tranchées du plus beau pays du monde. Même le staff médical est pointé du doigt. “Alors que j'étais blessé, le médecin dont le job était de s'occuper de moi, m'évitait. J'ai dû me rendre dans une clinique privée pour me faire soigner, à ma charge bien sûr”. On l'aura compris : l'ambiance n'était pas au beau fixe à la RSS.


Mais est-ce assez pour que l'ossature d'une équipe de première division, des joueurs talentueux dont certains ont même disputé une Coupe du monde junior avec la sélection nationale, décident de tout laisser tomber et de se transformer en émigrés clandestins ? “C'est toute la gestion du sport marocain qui pousse les joueurs de l'IRT ou de la RSS à fausser compagnie à leurs équipes, et des Ramzi et Sghir à opter pour d'autres nationalités…” commente ce footballeur à la retraite.


Bienvenue au Canada
L'accueil à l'aéroport de Montréal surprend agréablement plus d'un au sein de la formation settatie. Une véritable délégation a fait le déplacement pour les accueillir. Le staff de l'équipe hôte est là, au grand complet, accompagné de la presse et des représentants de la ville de Montréal. “On a été reçus comme des stars ou plutôt comme des joueurs professionnels. On sentait un certain respect à notre égard. Ce qui est inexistant au Maroc”. Les jours qui suivent les amènent à découvrir un pays très attachant. “Ils ont également eu la chance de venir en été, une saison magnifique au Canada. Leur décision n'aurait probablement pas été la même s'ils avaient atterri en plein hiver par une température de moins quarante”, précise ce Marocain installé à Montréal depuis une vingtaine d'années. Plus encore, les joueurs sont impressionnés par les conditions dans lesquelles évolue l'Impact. “On avait l'impression d'être les invités du Real de Madrid, ou de l'AC Milan”.


Quant au tournoi, très peu d'entre eux ont eu l'occasion d’assister à une organisation de ce niveau. Tout était minutieusement préparé. Un stade des plus modernes, des installations impressionnantes, un règlement digne des plus grandes compétitions… “On était emballés en voyant toute la structure mise en place pour un petit tournoi seulement. Qu'est-ce que ça aurait été s'ils avaient organisé une Coupe du monde ou un Championnat du monde des clubs ?” Les joueurs, conscients qu'ils n’étaient pas au Canada pour jouer aux touristes, répondent de fort belle manière en se classant deuxièmes de la compétition, charmant les observateurs et le public présents. “Comment ne pas bien jouer dans ce genre de conditions ?” demande, grinçant, Rachid Medkour.


Rentrer ou pas rentre…
L'équipe se retrouve encore une fois à l'aéroport Dorval. Cette fois-ci pour un retour vers l’amère réalité du football marocain. Quand un responsable du comité se présente à la douane canadienne avec les passeports - qui avaient été confisqués par les dirigeants à l’arrivée- les douaniers exigent que “Chacun se présente avec son passeport. Sinon vous ne passez pas”. Au grand malheur des dirigeants. “C'est à ce moment précis que tout s'est décidé. Une fois nos passeports entre les mains, nos regards se sont croisés. On n’a même pas eu besoin d’en parler” confie un des harraga. Une envie soudaine d'aller ailleurs, de se rendre aux toilettes, de prendre un café, de passer un coup de fil… envahit le groupe.


“La scène était vraiment drôle. On avait l'impression de regarder une pièce de théâtre”, dira ce témoin. La suite, on la connaît. 8 joueurs manquent à l'appel. Pris de panique, les dirigeants de l'équipe retardent le décollage de l'avion et alertent les autorités canadiennes (et probablement les nôtres aussi). Après vérification, celles-ci affirment que les 8 joueurs n’étaient pas encore en situation irrégulière. Leurs visas n’expireront que dans six mois. L’avion n’a plus qu’à décoller. Et les dirigeants de la RSS devront faire le voyage avec les rares joueurs encore présents.


Une nouvelle vie
L'affaire prend l'allure d'un scandale au Maroc. La presse s'en donne à cœur joie. Les parlementaires s'y intéressent de près. Pendant ce temps-là, les harraga en question s'adaptent à leur nouvel environnement avec plus ou moins de réussite. “ça n'a pas été facile au début. On ne maîtrisait ni le français ni l’anglais. On n’avait pas de logement. Nos petites économies s'épuisaient à vue d'œil. Il nous fallait trouver de quoi vivre”. Fort heureusement, des compatriotes leur viennent en aide, les hébergent, les guident dans leurs démarches administratives et leur trouvent même du travail. “Du jour au lendemain, de joueurs de foot pros, on s’est retrouvés vigiles, manufacturiers, ouvriers agricoles, vendeurs de chaussures”.


Nos nouveaux “zmagriya” jouent le système D pendant un bon moment, puis vient le salut : la QCSL World Cup. Une sorte de mini-Coupe du monde qui oppose des équipes représentant les différentes nationalités vivant au Canada. Ironie du sort, les herraga représentent le Maroc lors de la compétition et arrivent en finale. Les recruteurs, présents sur place, sont séduits par le jeu. Ils leur ouvriront les porte des clubs canadiens. Les huit joueurs se voient ainsi proposer des contrats avec des équipes locales des ligues mineures. Les salaires ne sont pas dignes du Calcio ou de la Liga, mais “ça nous a garanti une certaine sécurité et surtout ça nous laissait du temps libre pour un autre job”. L’un des huit ex-RSS décroche le gros lot. Depuis un an, il est le premier Marocain à faire partie de l'effectif de l'Impact de Montréal. Il joue désormais en ligue majeure. Rachid Madkour s'est même permis le luxe de remporter avec sa nouvelle équipe le championnat nord-américain.


Aujourd'hui, ces 8 nouveaux Canadiens ont tourné définitivement la page marocaine. Leur nouvelle vie leur convient parfaitement. Ils ont tous régularisé leur situation, ont des logements convenables, se sont mariés, certains ont eu des enfants et arrivent même à aider leur famille au Maroc. Même si le football canadien est loin du niveau européen auquel aspire chacun, ils ne regrettent en rien leur geste. Il semble que les seuls à avoir encore des regrets sont ceux qui avaient préféré le retour au Maroc. “L'erreur de notre vie”, dira l’un d’eux.

Par Mehdi Sekkouri Alaoui



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