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Le onze national en crise : Kifaya !

Source : Le journal

La Coupe d'Afrique des Nations prend un goût amer pour les Marocains qui voient rouge après leur match nul contre les Pharaons. Un entraîneur contesté et des joueurs mal préparés ont eu raison du moral du public pourtant venu nombreux soutenir son équipe au pays des pyramides. Mais c'est l'Egypte qui s'en est donné à coeur joie.



Dans le quartier huppé de Zamalek, l'ancien sélectionneur de l'équipe nationale du Maroc, Badou Zaki, devise tranquillement avec un journaliste égyptien. « Personne dans notre pays ne comprend pourquoi vous avez laissé tomber un entraîneur de cette qualité », sussure ce dernier avec un petit air ironique. Zaki ne bronche pas mais l'homme doit savourer sa revanche. Accueilli avec admiration en Egypte, invité d'honneur par la CAF, il observe le remue-ménage qui l'entoure avec un calme olympien. Car Zaki le pestiféré est devenu la coqueluche d'une presse sportive qui, il y a quelques semaines encore, le clouait au pilori. Tous les journalistes sollicitent son avis qu'il se garde bien de donner. Seuls de rares privilégiés, agents de joueurs et techniciens de la CAF, bénéficieront de la primeur de ses analyses. L'homme ne veut pas déranger son successeur M'hamed Fakhir : il sait que le moindre de ses commentaires sera répercuté dans l'entourage de l'équipe nationale.


Vidéophage


Fakhir, lui, découvre le haut niveau avec une compétition aussi relevée qu'une Coupe d'Afrique des Nations. Dans le hall de l'hôtel Palm Concorde, lieu de résidence de l'équipe nationale dans la banlieue du Caire, la veille du match décisif contre l'Egypte, l'homme a besoin de parler, d'expliquer ses choix et d'assumer ses erreurs. La veille, il s'est couché à cinq heures du matin après avoir décortiqué sur vidéo les atouts et les points faibles de l'équipe égyptienne. De ses longues observations découlera le schéma tactique qu'il choisira pour contrer les Egyptiens. Il en tirera surtout la liste des joueurs qui prendront part à la rencontre. Il n'a plus tellement le choix car une grande partie des joueurs de son effectif est indisponible. Ouaddou est out depuis sa blessure à Marrakech lors du match de préparation de l'équipe nationale contre le Zimbabwe. Zairi n'est pas dans un meilleur état et Aboucharouane, blessé, tourne à trente pour cent de ses possibilités. Et si par malheur Oualid Regragui se blessait, il n'aurait même pas d'arrière droit de rechange pour le remplacer... Contre la Côte d'Ivoire il a choisi de jouer en 442, un système que n'a jamais utilisé Zaki avec l'équipe nationale. La mayonnaise a du mal a prendre et dans l'entourage de la sélection, on se demande s'il ne serait pas opportun de revenir au 352 de Zaki qui nous avait permis de devenir vice-champions d'Afrique. Zaki revient ainsi subrepticement par la porte. Fakhir, s'il connaît les qualités sportives des joueurs, il ne les a jamais cotoyés, exceptés ceux qu'il entraîne avec l'équipe des FAR . Ce sera l'un des principaux reproches que les techniciens vont lui faire. Pourquoi sélectionner un Ouchella, un Abdessadek ou un Madihi, joueurs locaux, alors qu'il a à sa disposition des professionnels qui peuvent, en un laps de temps très court, s'adapter à n'importe quel système de jeu. « Qui auriez-vous voulu que je mette à la place de Ouchella », martèle-t-il. « Benaskar est suspendu pour deux matches après son carton rouge en Tunisie (lors des éliminatoires pour la Coupe du Monde). Je défie quiconque de me donner un autre nom qu'Ouchella qui, en plus, a pour lui l'expérience africaine. Boukhari m'a paru démotivé et j'avais besoin de gars avec un esprit commando. Je l'ai testé lors du match de préparation contre le Zimbawe et il n'a pas été convaincant. Ça je l'assume, mais je reconnais que j'aurais dû garder dans la liste un Amzine qui aurait pu nous être d'un grand secours après l'hécatombe de blessés que nous avons subie », conclut-il, lucide. Car de la lucidité, il en faut pour prétendre manager une équipe dont il a pris la charge à moins de dix jours du début de la compétition. Le jour de la démission du fulgurant Troussier, il reçoit un coup de fil dans les vestiaires du stade de Touarga, durant un match des FAR. Au bout du fil, c'est le général Hosni Benslimane qui lui demande de prendre en charge l'équipe nationale. Selon ses proches, l'homme est réticent mais les argumemts du président de la Fédération sont imparables : c'est une question de devoir national. Le jour de son investiture le viceprésident de la Fédération M'hamed Aouzal et le directeur financier Ahmed Ammor démissionnent avec fracas. Touchés par les critiques de la presse après la démission de Troussier, ils reviendront sur leur décision quelques jours plus tard. Pendant quelques jours , il n'aura pour interlocuteur que le représentant du Général à la fédération, le colonel Major Moussamim.



Il faut faire vite , très vite. Le stage prévu par Troussier au Qatar a été annulé par l'impresario marocain qui avait fait les démarches au nom du Francais. La solution de rechange, c'est Dubaï mais en plein mois de shopping, les hôtels sont surbookés. Fakhir pense alors à la solution Marrakech ou Agadir, jette son dévolu sur la première destination et demande des matches amicaux. Après un long marathon, la fédé arrive à lui dégotter l'Angola, le Zimbabwe et le Congo. Il reste à définir les joueurs qui prendront par à la CAN. Lucide toujours, il va se rapprocher de Zaki qui le reçoit chez lui part deux fois. De longues séances vidéo avec son prédécesseur vont le convaincre de rester dans la continuité. Subsistent les cas Naybet et Chippo évincés par Zaki. « Fakhir considère que Chippo, pouvait lui donner du rythme dans l'entre-jeu. Ce qu'il n'a pas compris, c'est que ce joueur continue de jouer comme à ses débuts alors qu'il n'a plus les jambes de ses vingt ans. Comment voulez-vous qu'un joueur qui joue dans une compétiion au rythme aussi faible que le championnat qatari puisse tenir la cadence. Et si vous me parlez d'expérience, à son poste, elle joue certes, mais c'est le physique qui est primordial », affirme ce technicien plutôt déçu de la prestation du Kénitri dans cette CAN.


Inclure les bannis


Cette décision d'inclure les deux bannis va créer une première fracture entre les pro-Zaki et les pro-Fakhir. Car dans une compétition comme la CAN, l'environnement, les amis des joueurs, les managers et impresarios ont une influence considérable sur le rendement de l'équipe nationale. Fakhir va le découvrir à ses dépends après le premier match de la sélection contre la Côte d'Ivoire. Lorsqu'il sortira Kharja en début de seconde mi-temps pour des raisons tactiques, il faudra des trésors de diplomatie pour rassurer le joueur. Ses amis, son manager vont appeler dans l'entourage de la sélection pour avoir des explications et les proches de Fakhir devront convaincre chacun d'entre eux.


Toute fausse note peut conduire à la constitution de clans et semer la zizanie au sein de l'équipe. D'autant que Fakhir, en arrivant au sein de la sélection, a voulu rompre avec le système Zaki basé sur une discipline quasi militaire. « Personne ne contestait ses choix », assure ce journaliste sportif. « Personne ne pouvait le regarder dans les yeux et si l'on excepte Talal qui représente un modèle pour lui, il n'avait pas de relations intimes avec les joueurs. Du coup, ils avaient peur de lui », ajoute-t-il. Habitué à cette absence d'effusion et avec un Fakhir plutôt « participatif » ils vont tout de suite essayer de le tester. D'où l'incident Kharja qui demandera des explications sur son remplacement. Chose inimaginable sous Zaki. On reprochera aussi à l'entraîneur de n'avoir pas su ménager son effectif et occasionné les blessures que l'on sait. « C'est absurde », répond-il, « vous devez savoir que la plupart des joueurs jouent peu dans leur club. Ils leur fallait des matchs compétitifs avec de l' engagememt. Fatalement cela occasionne des blessures. Nous n'avions pas le choix, il fallait construire et souder l'équipe ». C'est donc un Fakhir en pleine recherche de son équipe qui va débarquer au Caire. « Si j'avais eu juste dix jours de plus, peut-être que j'aurais emmené d'autres joueurs », a-t-il confié à des proches. Il ne va pas non plus être aidé par le staff médical qui n'arrive pas à détecter la chronicité et la probabilité de la blessure de Ouaddou, due à des conditions de préparation indignes à Marrakech ( il faudra revenir en vitesse à Rabat pour pouvoir retrouver un semblant de tranquillité). L'arrivée au Caire après un changement d'hôtel va permettre à l'équipe de rentrer de plain-pied dans la compétition. Les joueurs sont tendus et la perspective de rencontrer l'ogre ivoirien pour entamer la compétition ne laisse rien présager de bon. Un des cadres de l'équipe, Oualid Regragui va passer complètement à côté du match. Il s'en voudra longtemps après la rencontre. Dans l'une des rares actions de la Côte d'Ivoire, il va pousser l'attaquant Drogba, qui obtiendra un penalty.« Je me sentais mal, empoté, je ne me suis jamais senti bien dans cette rencontre ». Dans l'entourage de l'équipe, on attribue l'erreur ayant conduit a la défaite, à Naybet. Oualid est allécontrer Drogba parce que Naybet n'était pas à son poste, il a juste été victime de son engagement. Au lendemain du match contre les Ivoiriens, malgré tout, le moral revient rapidememt au beau fixe. Les Egyptiens ne font pas peur, ils n'ont jamais battu le Maroc depuis 1986 et Oualid lâche, au détour d'un couloir de l'hôtel, qu'il va y avoir une surprise. La presse égyptienne le rejoint dans son analyse. Depuis le début de la CAN, elle tire à boulets rouges sur l'entraîneur Hassan Chehata qu'elle accuse de laxisme : il a eu le malheur de rendre visite à sa famille pendant la concentration de l'équipe. Quant à la rue égyptienne, elle a peur.


« J'adore votre équipe »


Salem Abou Al Hal est chauffeur de taxi le soir. Le jour, il travaille au ministère de la Défense. Dans sa longue gallbiah grise (plus pratique pour travailler) il concède dans un large sourire, que réussir le match contre le Maroc est plus important qu'une victoire en Coupe d'Afrique. « J'adore votre équipe et votre pays. J'ai déjà eu l'occasion de croiser votre roi Mohammed V en 1969 (malgré nos dénégations nous n'arriverons pas à le convaincre du contraire) et Mustapha Hajji est le meilleur joueur africain de l'histoire », martèle-t-il. « Dans cette coupe d'Afrique nous devons vaincre le signe indien en vous battant. A ce moment là, nous pourrons envisager une victoire en Coupe d'Afrique ». Pour les Egyptiens, les Marocains sont de généreux artistes (sic, c'est l'effet Samira Said) et « ouverts ». « Intoum moutafatihine ya akhi », ajoute Salem en référence aux milliers de prostituées marocaines qui écument les cabarets de l'avenue « Al Haram » mitoyenne aux pyramides de Gizeh. Contrairement à leurs consoeurs égyptiennes plus discrètes, les Marocaines n'ont aucun problème à accoster le passant. La suite est beaucoup plus complexe car la terrible police des moeurs « boulisse El Adab »,ratisse les quartiers bourgeois de Misr Al Jadida à la recherche de couples illégitimes qui se cachent dans les maisons louées à la nuit.


Islam et patriotisme


Cette image grivoise cohabite allègrement avec l'attachement supposé des Marocains à la religion. « Vous êtes précurseurs dans votre gestion de la question islamiste car vous êtes profondément attachés à l'islam », assure Mehdi Mustapha, directeur du service politique d'Al Ahram, le journal officiel égyptien. Les Egyptiens ont redécouvert les frères musulmans à l'occasion des dernières élections législatives. Les affiches des candidats islamistes encore fraîches (avec la bannière « al islam houa al hal » : l'islam c'est la solution) cotoient celles annonçant la CAN. « Chez nous le football et la religion sont les deux piliers de la nation », ajoute le journaliste. Il oublie de préciser que ce chauvinisme impressionnant enlève aux Egyptiens toute capacité d'autodérision. Ce chauvinisme, l'équipe du Maroc va le découvrir lors du match qui va l'opposer aux Pharaons. Des milliers de drapeaux vont recouvrir le Caire, les spots radio demandant aux supporters « d'accompagner l'équipe jusqu'à la victoire » vont donner le la de la confrontation. Même dans les cabarets, on consacre un chant patriotique à la gloire de l'équipe nationale. Dans les travées du stade comme dans la tribune officielle, la tension est à son comble et les « good luck » qui accompagnaient les supporters marocains trois jours avant le match se sont transformés en « Maghrib zeft » (Maroc de M...). Pendant l'échauffement, Mido, la star de Tottenham, se fait carrément huer lorsqu'il serre la main de son co-équipier Naybet. Un Naybet très calme qui s'empresse d' embrasser l'entraîneur de la Côte d'Ivoire, Henri Michel ( un geste qui pourrait s'avérer important pour la suite). Pendant quelque 70 minutes, le Maroc va bien jouer jusqu'au moment où Fakhir décide un changement de joueur incompréhensible. Il sort l'un des joueurs marocains les plus en vue : Youssef Hajji. Une décision qui va ravir les Egyptiens ( aalh ykhalik ya Fakhir). Quelques minutes plus tard, il récidive en sortant Marouane Chamakh. « C'est une décision que je ne comprends pas », souligne Oussama Benabdallh éedacteur en chef du « Journal du sport ». « Si Hajji a raté des occasions, c'est parce qu'il se les a créées. Ça a aussitôt destabilisé Chamakh qui n'a pas compris la décision du coach », explique-t-il. Les deux joueurs vont sortir sans saluer l'entraîneur pour marquer leur mécontentement. Lors de la conférence de presse d'après match, le Bordelais se contente de sourire à l'évocation de son remplacement. Quant aux spécialistes, ils sont unanimes par rapport aux raisons qui ont prévalu a l'échec de l'équipe nationale : « on peut l'imputer à 90 pour cent à une fédération incompétente et a 10 pour cent à un entraîneur qui découvre le haut niveau ». Le Maroc, vice-champion d'Afrique invaincu pendant les éliminatoires de la coupe du Monde va, à moins d'un miracle, sortir par la petite porte dans cette coupe d' Afrique des Nations.


Par Younès Alami & Mouaad Rhandi (envoyés spéciaux au Caire)

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