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El Moutawakel, Nawal

Source : CIO

Première femme musulmane à gagner l’or olympique, NAWAL EL MOUTAWAKEL a l’habitude de surmonter les obstacles. Au sein du CIO et d’organisations caritatives, elle entend aider les autres. Reportage de DE PAUL TROW pour la REVUE OLYMPIQUE.



Dire que Nawal El Moutawakel est une femme occupée ayant un grand nombre de responsabilités est une litote. Non contente d’être l’une des plus grandes figures sportives du Maroc – ce qui lui confère de nombreuses obligations aux yeux des 30 millions d’habitants de ce pays d’Afrique du Nord –, la championne olympique du 400 m haies en 1984 exerce de nombreuses fonctions au sein du Comité International Olympique (CIO) et de l’Association Internationale des Fédérations d’Athlétisme (IAAF).



Depuis 20 ans, elle est le porte-drapeau des femmes et des musulmans dans le sport, l’observatrice privilégiée d’une transformation radicale, à l’échelle mondiale, de leurs attitudes et de leurs performances en compétition.


Elle parle un anglais remarquable alors que ce n’est que sa troisième langue (après l’arabe et le français), mais on comprend instantanément sa passion tant elle s’investit émotionnellement dans sa communauté. Avec son mari, l’homme d’affaires Mounir Bennis, El Moutawakel élève ses deux enfants – Zinev, sa fille de 11 ans, et Reda, son fils de 9 ans – à Casablanca. Ses parents y ont tous les deux travaillé pour la Banque Marocaine du Commerce Extérieur (BMCE), aujourd’hui son employeur.


« Je dirige la Fondation de la BMCE. Notre principale mission est de travailler avec les écoles, de les relier à l’eau et à l’électricité, de les aider en matière de sport et d’environnement. C’est une structure humanitaire et caritative appartenant à l’une des plus grandes banques du pays. Il est essentiel que le secteur privé s’implique dans l’éducation car notre gouvernement manque de fonds et ne peut répondre à tous les besoins de la population, le secteur privé doit donc apporter une plus grandecontribution, c’est ma première priorité professionnelle.


« Mon rôle vis-à-vis des enfants est plus celui d’un administratreur et d’un gestionnaire que d’un entraîneur. Auparavant, j’entraînais Nezha Bidouane, médaillée d’argent au 400 m haies à Sydney. Elle a pris une année sabbatique l’an dernier pour avoir un bébé, mais aujourd’hui elle s’est remise à courir et espère participer aux Championnats du monde à Paris en août. »


Elle s’implique davantage dans l’IAAF et le CIO, dont elle est devenue membre en 1998, deux ans après avoir rejoint le groupe de travail femmes et sport. « Mon but au sein du CIO est d’encourager davantage les femmes à pratiquer un sport : il reste tant à faire. Je fais ce que je peux, mais je ne changerai pas le monde toute seule. Les 126 membres du CIO ont tous un rôle à jouer. Les femmes doivent être davantage impliquées conformément aux principes de l’Olympisme. Elles représentaient 40 % des athlètes à Atlanta, nous visons les 50 %. Mais la première femme élue membre du CIO ne l’a été qu’en 1981 et nous ne sommes toujours que dix. À l’IAAF, je suis membre du comité exécutif, entièrement masculin jusqu’à 1995. »


Une source bien informée prétend qu’El Moutawakel, qui est aussi ambassadrice de bonne volonté de l’UNICEF, est formée par le Sénégalais Lamine Diack pour lui succéder à la présidence de l’IAAF. Modestement, elle dément ces spéculations. « J’ai du chemin à faire avant d’accéder à ce poste – beaucoup me précèdent dans la ligne de succession. »


El Moutawakel a hérité de ses parents son amour du sport et son goût pour la compétition. « Ma mère jouait au volleyball, mon père a été international de judo. Tragiquement, il est mort juste avant ma victoire olympique. Il m’avait poussée à persister dans le sport et encouragée à partir étudier en Amérique.


« J’ai commencé les haies à 15 ans, en 1977, et très vite j’ai battu tous les records marocains dans ma catégorie. Je courais pieds nus et devançais tous les garçons. Et je suis devenue la meilleure du pays dans ma discipline. À 20 ans, j’étais parmi les 10 meilleures mondiales et, en 1983, j’ai atteint les demi-finales du 400 m haies lors des premiers Championnats du monde à Helsinki.


« Je bénéficiais du soutien de ma famille et de notre fédération, mais ils n’avaient pas d’argent. À cette époque, le budget annuel de l’athlétisme national était de 60T000 dollars. Heureusement, les choses ont changé. »


El Moutawakel savait que pour progresser elle devrait partir aux États-Unis pour bénéficier du financement et des entraînements, chose impossible au Maroc. Par chance, sa carrière suscitait un grand intérêt. « Après de nombreuses offres de collèges américains, j’ai séjourné, grâce à une bourse, à l’Iowa State University de 1983 à 1989. J’ai obtenu une licence en éducation physique. C’était un vrai choc culturel de quitter le Maroc pour l’Amérique.


« Il y a des choses que j’ai aimées, d’autres non. Mon père nous a quittés une semaine avant mon départ et les bons amis que je me suis faits là-bas ainsi que mes entraîneurs m’ont aidée à faire face.


« J’étais une jeune étudiante étrangère dans un environnement inhabituel, mais cette expérience m’a aidé à développer ma personnalité et je suis devenue très forte mentalement. Mon père voulait que je parte : il m’avait dit que c’était une occasion formidable. Je m’y suis fait beaucoup d’amis pour la vie. »


La bourse et l’objectif de participer à la fin de sa première année aux Jeux de Los Angeles lui ont fourni toute la motivation nécessaire. Première femme africaine, arabe et musulmane à devenir championne olympique, Nawal El Moutawakel a l’habitude de franchir les barrières. En travaillant avec le CIO et d’autres organisations caritatives, elle a maintenant pour but d’aider les autres.


« Remporter le 400 mètres haies était le rêve de ma vie. C’était une nouvelle discipline olympique et ma victoire a été une surprise, même si je l’ai emporté de près de dix mètres », (en 54,61 secondes, elle améliorait son record personnel de 0,76 seconde et devançait de près de 6/10e l’Américaine Judi Brown).



« J’ai fermé les yeux après la dernière haie et passé en trombe la ligne d’arrivée. J’allais si vite que j’étais inquiète d’avoir fait un faux-départ. C’était une telle joie pour moi d’être la première femme africaine, arabe et musulmane à remporter un titre olympique. J’étais aussi la première marocaine médaillée d’or. »


À 22 ans, il semblait évident que de nombreuses autres lauriers attendaient la petite dame au cœur de lion. Le destin, comme souvent, en a décidé autrement. « Je me suis fait opérer du genou en 1985. Pendant ma convalescence, je ne pouvais pas faire le moindre exercice. Je suis revenue,mais quelque chose avait changé et j’ai réalisé en 1987 qu’il était temps d’arrêter. Je n’ai pas pu défendre mon titre olympique à Séoul – il fallait passer le flambeau à une nouvelle génération. Avec le recul, c’était une bonne idée d’arrêter au sommet. »


« À vrai dire, mon corps est assez faible. Je ne mesure qu’1,55 m, ce n’est pas assez, et j’ai développé des problèmes de genou. J’ai aussi de sérieux soucis de dos, au niveau de ma dernière vertèbre, et je souffre d’arthrite. Tout cela à cause de la course. En août dernier, je ne pouvais plus marcher, mais j’ai refusé de me faire opérer du dos. J’ai préféré me mettre au régime. »


En dépit de ces revers, elle ne changerait rien à sa vie de sportive. « Petite fille, j’étais un garçon manqué, j’aimais aussi jouer au foot. À l’époque, il n’y avait pas de clubs de football pour les femmes. Aujourd’hui, il y en a plus de cent au Maroc. Pour des raisons culturelles, cela demeure difficile pour les femmes musulmanes, mais il est important de continuer à leur faire découvrir le sport.


« Récemment, j’ai aidé à l’organisation d’une course féminine de 10 km à travers Casablanca avec plus de 1T1000 participantes de tous âges, certaines en robe longue jusqu’aux chevilles et en voile. C’était merveilleux. La course, c’est le partage, donner aux hommes et aux femmes l’occasion d’acquérir une bonne santé physique, et faire découvrir aux enfants la victoire, l’excellence et l’esprit d’équipe. »


« Je courais pour le plaisir du sport – cela m’a ouvert tellement d’horizons et aidé à faire face à tant de pressions sociales. Je me considère comme une ambassadrice du sport et de mon pays, avec le devoir de transmettre mon expérience si durement acquise et les véritables valeurs du sport, pour soulager ceux qui souffrent de préjudices et de l’inégalité des chances. »


Témoin de son charisme et de la clarté de ses objectifs, j’apprends sans surprise qu’El Moutawakel n’exclut pas l’idée d’entrer en politique. « Pour l’instant, je ne suis pas engagée, mais cela pourrait arriver dans le futur parce que, selon moi, si le sport rassemble les gens, la politique les divise. Le sport est un langage alors que la politique érige des barrières. Le sport est pur. »


« En 1984, j’étais la seule femme parmi les 100 membres de l’équipe olympique marocaine, mais dans ma spécialité j’ai pris l’habitude de franchir des barrières. À présent, ces barrières tombent dans d’autres pays islamiques parce que je crois que j’ai montré la voie aux femmes musulmanes. »

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