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L'épopée Al Mountakhab

Source : Le journal

Le miracle d'assurer pendant 18 ans la parution d'un journal sportif au Maroc



« Il faut qu'on y aille sinon on va avoir du mal à trouver une place et je n'aime pas les bousculades ». En terminant sa phrase, Mustapha Badri boit une dernière gorgée de son café et ramasse les clefs de sa voiture. Il n'est que 14h00 et le match Raja-Salé ne commence que dans une heure et demie. Quinze minutes plus tard, la voiture pénètre dans un parking encore vide. Devant l'entrée principale du stade Mohammed V, il n'y a pas encore 50 personnes et on se demande si on ne s'est pas trompé de jour ou de stade. Mustapha Badri sort son matériel photo du coffre et se présente devant l'entrée en exhibant sa carte de presse. « J'ai horreur des gens qui ne montrent pas leur carte à l'entrée sous prétexte qu'ils sont connus », dit il.


Tout le monde le connaît
Cependant, à chaque barrage (trois au total), aucun vigile, aucun policier ne regarde la carte brandie. Tout le monde connaît « Si Mustapha » et tout le monde le salue comme on saluerait une vieille connaissance qu'on n'a pas vue depuis la fin de la saison dernière. Mustapha Badri hâte le pas et descend les quelques marches qui mènent à la pelouse. Il n'a pas besoin de monter dans la tribune de presse pour voir s'il y a quelqu'un de la rédaction chargé de couvrir le match, il sait qu'il y en a deux qui vont faire le boulot et il sait qu'ils sont déjà là. « Chacun son job, eux se chargent de raconter le match avec les mots et moi avec les photos ». Au stade Mohammed V, Mustapha Badri choisit toujours la même place : à quelques centimètres du petit drapeau du corner, à droite de l'écran. Un peu par superstition, beaucoup pour le côté pratique de la chose : « C'est un excellent angle pour prendre de bonnes photos », explique-t-il. Une heure avant le match, le premier de la saison, le stade est encore vide. Enfin presque vide, et il y a presque autant de spectateurs que de panneaux publicitaires. « Je n'aime pas les bousculades », qu'il disait... et quand on le lui rappelle, il ne répond pas et continue à monter son matériel sans lever les yeux. Plus tard, il finira par lancer : « C'était de l'humour ».


Un championnat ennuyeux
L'humour, excellent remède pour garder le moral et ne pas sombrer dans la mélancolie qui accompagne le championnat national du début à la fin de la saison. Pour Mustapha Badri, tous les championnats des six dernières années sont une sorte de clonage. Gradins vides, un quotidien routinier, des matchs ennuyeux... « A l'exception du WAC et du RAJA où de temps, en temps il y a un sursaut ». En tout cas, ce premier match Raja-Salé n'échappera pas à la règle : ennui total (malgré les deux buts que les Casablancais vont marquer), et Badri en profitera pour parler de ses 25 ans d'expérience et surtout de cette grande aventure qu'est Al Mountakhab. L'histoire commence au Qatar. A l'époque, Mustapha Badri travaille A Assaqr, un hebdomadaire sportif et y occupe la fonction de responsable du service photos. Avec lui, deux autres Marocains, Mohamed Bennis, secrétaire de la rédaction et Badreddine Idrissi, journaliste. « On y était depuis quelques années et un jour, nous avons rencontré Mohamed Berrada, directeur de Sapress, qui faisait une tournée dans le Golfe. Il a vu comment on travaillait et la popularité dont nous jouissions auprès des lecteurs et il nous a demandé de rentrer au Maroc pour lancer un hebdomadaire spécialisé. Nous lui avons répondu qu'on allait y réfléchir et nous en sommes restés là ». Six mois plus tard, Assaqr allait mettre les clefs sous le paillasson et dans le bateau qui les ramenait au pays, Badri, Bennani et Idrissi allaient trouver le temps nécessaire pour définir les grandes lignes du projet Al Mountakhab. C'était en 1986, et personne n'imaginait encore le succès que le journal allait rencontrer. « On savait que quelques confrères avaient essayé, se souvient Badreddine Idrissi, aujourd'hui rédacteur en chef au journal. On savait aussi que cela s'était révélé suicidaire mais on voulait faire quelque chose de nouveau et de plus professionnel. Les quelques années passées à Assaqr nous ont permis de découvrir les vrais secrets de la profession en nous déplaçant partout dans le monde et en rencontrant de vrais professionnels qui nous ont appris beaucoup de choses ». Le premier numéro d' Al Mountakhab est optimiste et il est tiré à 20.000 exemplaires. Une bande d'amis contactés un peu partout à travers le pays et qui couvrent les matchs du championnat. A la rédaction, ils ne sont que six, les moyens sont dérisoires mais le boulot est fait et les ventes s'avèrent encourageantes. Le prix est de 2 DH et le lecteur accroche. Le tirage est revu chaque année à la hausse et au début des années 90, il atteint les 85.000 exemplaires. Avec un bouillon (invendus) de 20 %, tient à préciser Mustapha Badri avant d'ajouter que le secret de cette réussite tient en un seul mot : respect. « Notre capital est le respect du lecteur ! Et quand on respecte le lecteur, ça veut dire qu'on respecte le pays, les décideurs, les dirigeants et le sport ». Pendant des années, Al Mountakhab paraîtra le mercredi. Un peu trop loin des résultats du week-end précédent, un peu trop loin du programme du week-end suivant. Que faire ? Avancer le tirage ? Le retarder ? « On était devant un grand dilemme, raconte Idrissi, et nous avons finalement décidé de nous lancer un nouveau défi, celui de devenir bihebdomadaire ». Aussitôt pensé, aussitôt réalisé. Le journal sera dans les kiosques et les lundis et les jeudis, le prix passera à 4 DH et, encore une fois, cela marche. Bien entendu, le personnel sera renforcé et Al Mountakhab comptera une quarantaine de collaborateurs dont 25 salariés permanents.


Une concurrence saine
La concurrence sera rude également, mais très vite, le journal se démarquera et aujourd'hui, ses deux directeurs (Mohamed Bennani aura quitté l'équipe entre-temps) sont fiers de se placer comme leaders. « On aime bien la concurrence, confie Idrissi. Surtout quand elle est loyale, honnête et constructive car elle est indispensable pour avancer. Je pense que s'il n'y avait pas eu un certain Bernard Lagat au 1.500 mètres, Hicham El Guerrouj n'aurait pas pu faire une si belle course ». Comme il y a des championnats (le nôtre par exemple) qu'on a du mal à comprendre, il y a aussi des réussites qu'on a du mal à concevoir, surtout lorsqu'elles sont bâties sur un championnat en détresse et un sport national si désolant. Comment arrive-t-on à vendre 24 pages sportives avec ça ? « Ca fait partie du miracle marocain, répond Badri, le sourire en coin. Comme le type qui partait à l'étranger dans les années 70 avec 100 DH en poche et qui revenait avec deux valises pleines. Wa Goul Baz ! ».


Yassine Zizi

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