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Au coeur de la Fédération Royale Marocaine de Football

Source : Le journal

Contrôlée par les militaires depuis plus de vingt ans, la FRMF n'a jamais pu sortir de sa léthargie.


« La vie politique s'arrête quand le football rentre en jeu », cette phrase de Najib Salmi résume à elle seule l'importance de ce sport dans un pays comme le Maroc. Cette importance, le défunt roi Hassan II l'avait comprise dès son accession au trône. Depuis le début des années 60 et jusqu'à la fin des années 70, ce sont uniquement des proches du palais royal qui ont eu en charge ce secteur. Le premier qui fut nommé au poste de président de la Fédération Royale Marocaine de Football (FRMF) n'est autre que Driss Slaoui, acolyte de Hassan II et premier gouverneur de la banque du Maroc.
Septembre 1979, le très apprécié Mehdi Belmejdoub est élu à la tête de la FRMF. Un vote très serre puisque le colonel obtient 52 voix contre 51 pour l'ex-ministre de la Jeunesse et des Sports, Abdellatif Semlali. Le « règne » de Belmejdoub ne dure que quatre mois. La débâcle de l'équipe nationale face à une grande équipe algérienne (5-1 pour les Algériens) a sonné le glas pour le colonel. De cette date et jusqu'à la fin de 1985, la Fédération Royale de Football est indirectement gérée par Semlali. Depuis la qualification à la coupe du Monde jusqu'à ce jour, ce sont les militaires qui ont eu en charge le dossier « football ». Après le colonel Zemouri, Hassan II charge le général Benslimane de réorganiser le football national. Le patron de la gendarmerie s'entoure alors du lobby casablancais, principalement les dirigeants rajaouis.
En 2002, la FIFA impose l'élection des présidents de fédérations affiliées sous peine de sanctions... L'assemblée générale de la FRMF élit alors à l'unanimité le général Housni Benslimane à ce poste. ہ son tour il nomme un bureau fédéral composé de douze personnes. Le plus influent d'entre eux reste M'hamed Aouzal, vice-président de la FRMF et président du Groupement National de Football. ہ ses côtés, on retrouve Mohamed Amor, secrétaire général de la FRMF et Hamid Souiri, trésorier adjoint chargé notamment du marketing. Les trois représentent le clan incontournable du Raja.
Au Groupement National de Football, un autre homme du général, Mohamed Naceri, occupe un poste-clé. Secrétaire général du GNF, il reste incontournable dans toutes les décisions qui concernent le championnat et les clubs nationaux. Dans les sphères de l'équipe nationale, deux gendarmes gravitent. Le général Mokhtar Moussamim et le commandant Driss Lakhal. Les deux veillent à l'application des directives du Général Benslimane.


L'argent au centre des débats


Deux années après la nomination de ce dernier, en 1996, l'équipe dirigeante de la fédération cherche des financements pour le football national. Ils sont approchés par le grand argentier du football français, Jean-Claude Darmon, prêt à financer la FRMF en contrepartie de l'acquisition des droits d'image et de télévision de l'équipe nationale et du championnat national. M'hamed Aouzal, Rachid Wali Alami et Mohamed Amor décident de conclure l'accord avec Darmon. Ce dernier propose de gérer l'image du football national moyennant une commission de 40%. Il obtient plus de 35 millions de dirhams par an chez les principaux sponsors notamment Maroc Telecom, Sidi Ali et Coca-Cola. Dès 1999, un nouveau contrat de quatre années est alors mis en avant. Il stipule une baisse de la commission de Jean-Claude Darmon, commission qui passe alors à 22 %. « Pendant neuf mois, Jean-Claude Darmon a versé trois millions de dirhams par mois. Mais après la défaite de l'équipe nationale contre le Sénégal, il a refusé de payer en arguant que des clauses du contrat n'avaient pas été respectées », explique M'hamed Aouzal. Aujourd'hui, la fédération dispose de plusieurs entrées d'argent. Maroc Telecom verse quinze millions de dirhams par an, Bank El Maghrib dix millions par an pour les frais de l'équipe nationale, les deux chaînes nationales payent quelque deux millions par an, l'Etat également donne deux millions par an. Et ce, sans compter d'autres sources de financement qui émanent d'autres sponsors. De cet argent, 45 % sont versés au groupement national tandis que 55 % couvrent les frais de l'équipe nationale. « Nous avons plus de sources de financement que du temps de Jean-Claude Darmon. Il a même essayé de négocier un nouveau contrat en 2004 mais nous avons refusé », souligne Aouzal. Une approche qui ne fait pas l'unanimité dans le microcosme du football national. Plusieurs responsables de clubs reprochent le manque de transparence de l'actuel bureau fédéral. La signature de Marouane Chemmakh d'un contrat publicitaire avec Méditel, concurrent direct de Maroc Telecom, est significative. Contre l'avis de la fédération, Zaki a autorisé son joueur à signer. La proximité du sélectionneur national avec le Palais lui permet d'aller contre l'avis de la fédération.


Le clientélisme pour contrôler le GNF


« Il n'y a pas de structures qui permettent de savoir comment l'argent est divisé entre les différents clubs de GNF 1, GNF 2 et les amateurs », regrette un ex-président de club. Et d'ajouter : « on donne des sommes d'argent aux clubs qui en demandent. ہ chaque fois qu'un président réclame quelque chose, on le calme en lui remettant un petit montant d'argent. D'ailleurs rien n'interdit à un club d'avoir ses propres sponsors. Même concernant Maroc Telecom, les clubs peuvent choisir de négocier avec la concurrence puisque aucun contrat n'a été signé avec le GNF ».
En clair, la FRMF est gérée d'une manière aléatoire. La mainmise des militaires sur le football national inhibe tout changement. Depuis sa création, la FRMF n'a jamais été indépendante du pouvoir. Dans de telles conditions, le football marocain ne risque pas de décoller un jour.

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